MOEBIUS ET « LES MAÎTRES DU TEMPS »
Voici l’extrait d’un article, paru dans Métal Hurlant, où Moebius parle de sa participation au film de René Laloux à l’occasion de la sortie en salles des MAÎTRES DU TEMPS (1982) :
« En juin 1979, René Laloux fait appel à Moebius pour l’adaptation graphique du film.
Pendant deux mois et demi Moebius s’est attelé à la tâche, réalisant près de mille dessins réunis dans les dix volumes du storyboard. Ensuite il a colorié les moments-clés pour donner des indications de couleurs.
Il raconte ce qui l’a le plus passionné dans sa collaboration aux MAÎTRES DU TEMPS :
Je n’ai pas mis toute mon énergie dans ce film. Ce n’était pas ce qu’on me demandait.
J’ai fait un travail de mercenaire. Je devais me mettre au service d’un projet collectif dont René Laloux était le pivot et qui avait déjà fait intervenir pas mal de collaborateurs. Laloux avait déjà dans sa tête des idées sur le film. Manchette avait écrit une sorte d’approche, une articulation entre le roman et un film éventuel. J’ai été chargé de dessiner le storyboard. Ce qui est intéressant dans ce travail c’est de visualiser immédiatement ce qui est possible, ce qui ne l’est pas, ce qui va devenir un rythme, ce qui va devenir vraiment visuel. C’est le deuxième temps de l’adaptation. Un travail de création mais pas dans le sens où on commence sans savoir où on va.
C’était un travail d’aménagement. Comment s’y prendre pour que la mécanique fonctionne, pour visualiser un événement décrit dans un livre comme par exemple « il s’échappa » ou « il eut un accident ». Qu’est-ce que c’est cet accident exactement ? D’où vient la voiture ? Combien de tonneaux fait-elle ? Qu’est-ce qu’elle heurte ? Quelles sont les conséquences des heurts ? Sous quel plan ça va être filmé ? Quelles sont les images qui vont être choisies ? Tout ça, c’est un énorme travail.
Quand un scénariste ou un adaptateur écrivent certaines phrases, ils ne se rendent pas toujours bien compte de leurs conséquences. C’était donc une forme de création où on se met au service d’un projet et j’adore ça. J’adore m’effacer derrière les idées des autres, les mettre en valeur dans la mesure de mes moyens. J’aime bien aussi partir à l’aventure et mettre mes propres idées en forme, il n’y a pas de hiérarchie. Le plaisir est le même. Seul le type d’énergie investie change. Pour un travail de création entière on va dans l’inconnu, c’est exaltant.
Dans l’autre type de travail j’aime cette espèce de sécurité. On n’a pas de questions à se poser sur la trajectoire à suivre. Elle est décrite, définie, on a simplement à la moduler. Pour cette raison c’est agréable. Ha ! Ha ! C’est un peu un travail de paresseux. »
JOE DANTE ET « GREMLINS » (2)
À la question « Par quoi avez-vous été particulièrement attiré dans le scénario de GREMLINS ? », Joe Dante répond : « Le ton. Au départ, il s’agit d’une histoire très naïve, très tendre, un peu comparable aux films de Frank Capra et de Preston Sturges… Et puis, au milieu, le récit bascule brutalement dans l’épouvante. C’est comme si on avait renvoyé le premier metteur en scène et engagé Hitchcock ou Fritz Lang pour finir le film ! La juxtaposition de ces deux styles disparates m’a beaucoup intéressé. J’étais curieux de voir la réaction des spectateurs. Le succès du film m’a d’ailleurs plutôt étonné. D’autre part, j’aime les films qui peuvent être perçus comme une pure distraction, mais dont la structure me permet de glisser des choses moins évidentes. »
(L’Année du Cinéma Fantastique 84-85 / Guy Delcourt / éd. Bédérama)
TERRY GILLIAM ET « BRAZIL »
Voici comment Terry Gilliam définit l’univers de son film BRAZIL (1985) : « Pour moi, le film se situe dans tout le vingtième siècle. C’est un mélange de choses des années 30, 50 et d’autres qui n’ont pas encore été inventées. Aux USA, dans les années 30 et 40, il y a eu beaucoup d’objets utopiques, reflétant un positivisme absolu et l’idée d’un progrès technologique menant automatiquement au bonheur. Ça ne s’est pas passé comme ça ! C’est pourquoi, je me suis beaucoup inspiré de cette période. Pour les ordinateurs, j’ai voulu concevoir des machines un peu moins ennuyeuses que celles que nous connaissons, en combinant une vieille machine à écrire à un écran TV plat. De même, j’ai toujours été fasciné par les tubes à pneumatiques, alors je les ai utilisés ! À un certain point, je pensais que BRAZIL était l’autre facette de notre « maintenant ». Mais c’est faux : le film se passe maintenant ; il traite bien plus de 1984 que le livre du même nom. J’ai d’ailleurs failli l’appeler 1984 1/2 bien que je n’aie jamais lu le roman d’Orwell. »
(L’Année du Cinéma Fantastique 85-86 / Guy Delcourt & Dominique Monrocq / éd. Bédérama)
JOE DANTE ET « GREMLINS »
Joe Dante parle ici de sa description ironique de la société américaine dans GREMLINS (1984) : « Je ne dirais pas que je me livre à une critique politique sévère de l’Amérique, mais plutôt que je jette un regard amusé sur la manière dont nous commettons tous des erreurs. Tous les personnages du film ont des problèmes : ils ne sont pas prévenants, ils sont distants, ils ont de bonnes intentions, mais commettent des gaffes ; et ils sont punis en retour. GREMLINS est un peu une mini-apocalypse. Tout cela n’a pas été pensé à l’avance. C’est venu naturellement, au moment où il a fallu, pendant le tournage, justifier toutes les actions des personnages. Par exemple, il y a une scène où Zack verse une goutte d’eau sur Gizmo et le fait souffrir atrocement dans le seul but de montrer à son professeur de biologie ce qui se passe ensuite. C’est une preuve de totale insensibilité. »
(L’Année du Cinéma Fantastique 84-85 / Guy Delcourt / éd. Bédérama)
RICHARD DONNER ET « LADYHAWKE »
Richard Donner s’exprime ici à propos du choix des acteurs principaux et des musiciens pour son film LADYHAWKE (1985) : « Michelle Pfeiffer est foncièrement moderne, à la fois dans ses attitudes et sa coiffures. Une perruque a été faite pour elle, mais cela ne convenait pas ! Elle ressemblait à Lady Godiva ; l’époque était respectée, mais pas le caractère de la fille… Matthew Broderick aussi respire le contemporain. J’aurais évidemment pu opter pour de nombreux jeunes acteurs britanniques, mais nous avons été conditionné à ce type de jeu dans… ce type de film. Matthew est quelqu’un de moderne, comme la musique. Je ne voulais pas quelque chose de traditionnel. J’ai écouté toutes les vieilles compositions de Max Steiner et autres. Beurk ! Tellement vieux-jeu. Daté et poussiéreux ! Et puis Alan Parsons et Andrew Powell sont d’excellents musiciens. Avec le Philarmonique de Londres, avant qu’ils introduisent la basse électrique. Bordel, j’adore ça ! »
(L’Année du Cinéma Fantastique 85-86 / Guy Delcourt & Dominique Monrocq / éd. Bédérama)













