RIDLEY SCOTT ET « BLADE RUNNER »
Ridley Scott explique pourquoi il pleut tout le temps dans son Los Angeles de 2019 : « C’est un choix stylistique. Prenez les anciens films de Bogart, dont BLADE RUNNER dérive directement, ils ont toujours l’air d’avoir été tournés de nuit et au milieu de rues luisantes de pluie. Appliquer ce style-là à un cadre futuriste, voilà ce qui m’intéressait. Sur un plan pratique, la pluie, le brouillard, les vapeurs qui s’échappent du macadam comme à New York, tout cela donne une certaine authenticité à un film tourné en studio. Car BLADE RUNNER a été entièrement tourné en studio. Et le grand piège de ce type de films, c’est qu’ils aient l’air, justement, d’avoir été tournés en studio. Alors, le public n’y croit pas. Il se rend compte que c’est du toc. Les rues, par exemple, sont toujours trop lisses. Or, à New York, elles ne sont faites que de crevasses. »
MEL BROOKS ET « LA FOLLE HISTOIRE DE L’ESPACE »
À la question de savoir si les avocats de la Lucasfilm traîneront en justice LA FOLLE HISTOIRE DE L’ESPACE (Spaceballs, 1987), Mel Brooks, son réalisateur, répond : « La seule chose qui ne plaisait pas aux gens de la Lucasfilm, c’était que nous fassions un film inspiré de la trilogie et que nous commercialisions des personnages qui auraient été inspirés par les leurs. Or, dans la mesure où nous parodions Darth Vader et la suite, cela ne devait pas poser de problème : ce sont en fait tous ceux qui ont travaillé sur LA GUERRE DES ÉTOILES et ses séquelles qui s’occupent des effets sonores du film, et ça les rend positivement hystériques. Ils n’arrivent pas à en croire leurs yeux quand ils voient Rick Moranis dans le rôle de Dark Helmet ! »
(L’Écran Fantastique n°85 – octobre 1987) (CosmoFiction)
STUART GORDON ET « FROM BEYOND »
Stuart Gordon, le réalisateur de FROM BEYOND : AUX PORTES DE L’AU-DELÀ (1986), s’explique ici sur les références sexuelles de son film par rapport à la nouvelle de H.P. Lovecraft : « À mon avis, l’œuvre de Lovecraft ne
manque pas d’implications sexuelles, mais elles ne sont pas explicites. L’histoire se déroule dans le Massachusetts, là où on brûlait les sorcières jadis, dans des villes comme Salem… Lovecraft esquisse un monde de pureté et les conflits qui vont de pair avec ce monde de pureté suggèrent un univers spirituel plutôt étrange. La pureté y est omniprésente, mais le mal n’en est pas éloigné. Pour moi, si Lovecraft a décrit ces endroits, ces lieux, c’était pour mieux mettre en valeur le fait que chez les êtres les plus déprimés on trouve toujours le rêve de l’égo, et que c’est un mal inconscient d’une puissance incroyable. Et je pense que c’est une idée qui charrie des implications sexuelles évidentes. »
(L’Écran Fantastique n°77 – février 1987) (CosmoFiction)
TONY SCOTT, JIM HENSON ET DAVID BOWIE
La disparition de David Bowie ébranle le monde de la musique, mais il fait aussi resurgir de vieux souvenirs quant à la participation du chanteur dans des rôles de personnages inquiétants, fascinants et ambigus dans le cinéma fantastique des années 80. David Bowie a en effet incarné un vampire dandy aux côtés de Catherine Deneuve dans LES PRÉDATEURS (The Hunger, de Tony Scott) en 1983, puis Jarreth, le cruel roi des gobelins dans LABYRINTHE (Labyrinth, de Jim Henson) en 1986. Voici quelques extraits d’interviews parues à l’époque dans L’Écran Fantastique où Tony Scott et Jim Henson nous parlent du chanteur-comédien.
Tony Scott, réalisateur du film LES PRÉDATEURS :
« C’est un très grand professionnel. Il était parfois un peu tendu avant certaines scènes, mais cela se passait finalement toujours bien. Il est extrêmement précis et, ce qui est très important, collabore vraiment : il a des idées sur la mise en scène, sur la façon de filmer. Il se sent concerné par tout ce qui touche au film et c’est vraiment agréable de travailler avec lui. J’ai eu beaucoup de chance parce qu’il me semble qu’entre lui et Catherine Deneuve, la sympathie est immédiatement passée… » (L’Écran Fantastique n°36 – juillet-août 1983)
Jim Henson, réalisateur du film LABYRINTHE :
« David Bowie incarne un certain monde mature, avec sa sexualité, ses menaces, autant de choses qui caractérisent le monde des adultes. Comme par ailleurs nous savions depuis le début qu’il fallait qu’il chante, puisque nous avions pensé qu’il serait amusant d’introduire de la musique rock dans un film fantastique, le choix était facile : David est l’un des meilleurs, sinon le meilleur chanteur/acteur du moment, et il offrait l’avantage de pouvoir être à la fois séduisant, menaçant, inquiétant… » (L’Écran Fantastique n°77 – février 1987)
JOHN McTIERNAN ET « PREDATOR »
À la question « Qu’est-ce qui vous a amené à faire PREDATOR ? », John McTiernan, le réalisateur, répond : « Je rêvais depuis toujours de tourner un grand film d’aventures dans la tradition des films des années 40. PREDATOR est un film divertissant, un film de suspense, juste le genre que je préfère. Il réunit tous les éléments que j’aime et que l’on trouve si rarement dans un même film : l’épopée, l’horreur, et tout ça avec une dimension surnaturelle. Le scénario me faisait penser à un de ces vieux films de guerre, et il recelait en même temps des éléments comiques que le cinéma d’antan n’aurait pas renié, avec ses surhommes et ses géants aux pouvoirs magnifiques. Et puis Arnold Schwarzenegger est l’un des très rares comédiens capable d’évoluer dans ce registre. C’est un acteur remarquable, et il est doté d’un physique formidable. »
(L’Écran Fantastique n°83 – août 1987) (CosmoFiction)
DOLPH LUNDGREN ET « LES MAÎTRES DE L’UNIVERS »
Dolph Lundgren, qui incarne le personnage de Musclor (He-Man) dans le film LES MAÎTRES DE L’UNIVERS (1987), déclare à propos de son rôle : « Le producteur m’a donné le scénario à lire en décembre 85, au moment de la sortie de ROCKY IV aux États-Unis. Au départ, je me suis demandé si j’allais accepter le rôle ou pas parce qu’il y avait des idées qui ne me plaisaient pas beaucoup dedans, et puis le personnage de He-Man était très différent de tout ce que j’avais fait jusque-là. C’était un personnage difficile dans l’absolu, ne serait-ce que parce qu’il s’agissait d’incarner un jouet très populaire auprès des enfants, avec tous les problèmes que cela impliquait. Je tenais à rester un acteur et à ne pas devenir l’incarnation d’un mythe. Vous vous rendez compte que j’ai fait des exercices spéciaux pendant huit mois pour développer ma musculature ? Pendant huit mois je me suis levé à sept heures tous les matins pour aller à l’entraînement ! »
(L’Écran Fantastique n°87 – décembre 1987) (CosmoFiction)
JOHN MILIUS ET « CONAN LE BARBARE »
John Milius, réalisateur de CONAN LE BARBARE (1982), exprime ici son point de vue sur Arnold Schwarzenegger dans le rôle de Conan : « Je suis stupéfait que nous ayons si bien réussi ce passage de la littérature à l’écran. Arnold y est pour beaucoup. Il a porté le poids du film sur toute la distance. Ça aurait pu être un échec, et même très facilement. Mais nous avons réussi, et Arnold en particulier. C’est pour lui un succès énorme. Je pense qu’il a transposé le personnage de Conan à la perfection. »
(Métal Hurlant – Hors série spécial Conan le Barbare) (CosmoFiction)
RENÉ LALOUX ET « GANDAHAR »
René Laloux, réalisateur de GANDAHAR (1987), s’exprime ici sur la difficulté d’adapter un roman à l’écran, sachant que son film d’animation n’est autre que l’adaptation du roman de Jean-Pierre Andrevon intitulé Les Hommes-Machines contre Gandahar : « Rêver sur un sujet, c’est ajouter, c’est rendre hommage. C’est comme traduire un texte d’une langue dans une autre. Le faire littéralement, c’est voué à l’échec. Supposons que vous avez un poète qui parle en français, si vous voulez le traduire en anglais, il faut que ce soit un autre poète qui le fasse, c’est-à-dire en l’interprétant, en le changeant éventuellement, mais en gardant le même ton, la même sensibilité. Une adaptation au cinéma, c’est un peu la même chose, avec le fait qu’il y a en plus la construction dramatique. Le fait que le cinéma joue dans le temps. Ce n’est donc pas par hasard si le cinéma est très servi par les phénomènes de paradoxe temporel, parce que le temps est tout à fait cyclique, comme la musique. »
(L’Écran Fantastique 90 – mars 1988) (CosmoFiction)
IVAN REITMAN ET « SOS FANTÔMES »
Ivan Reitman, réalisateur de SOS FANTÔMES (1984), décrit ainsi son film : « Mon objectif était depuis le début de raconter une histoire comique autour de ces trois individus qui décident de voler de leurs propres ailes et de se lancer dans les affaires. Pour moi, c’est ça le sujet de l’histoire. Voilà trois brillants cerveaux qui changent complètement de situation et fondent une petite entreprise d’un genre très particulier. Le film décrit leurs problèmes d’installation, leurs tracas professionnels et les difficultés qui peuvent surgir entre eux, au niveau relationnel. »
(L’Écran Fantastique 50 – novembre 1984) (CosmoFiction)
WES CRAVEN ET « L’EMPRISE DES TÉNÈBRES »
Wes Craven raconte comment lui et l’un de ses producteur (David Ladd) se sont immergés, à leurs risques et périls, dans les cérémonies Vaudou afin de préparer leur film L’EMPRISE DES TÉNÈBRES (1988) : « David et moi voulions absolument assister à de véritables cérémonies Vaudou, et nous avons rencontré des prêtres de ce culte. Nous leur avons soumis notre intention de tourner ce film et leur avons dit que nous désirions approcher le sujet du Vaudou avec le plus grand sérieux. Ensuite, nous leur avons demandé leur protection au travers d’une cérémonie avant de commencer le tournage.
Nous fûmes réveillés au beau milieu de la nuit, et emmenés dans un endroit où des gens buvaient et dansaient au son d’une musique lancinante et sauvage. Un porc fut alors amené et égorgé à un mètre de nous. La bête hurlait, le sang giclait partout et fut récolté dans des bassines.
Au cours de la cérémonie qui s’ensuivit, on nous proposa d’en boire à même la bassine. Nous devions avoir l’air si effrayés que le prêtre passa volontairement notre tour. Une chance que son attitude nous dispensa de porter ce toast, car nous avons appris par la suite que les pires ennuis peuvent arriver à ceux qui refusent cette offrande. »
(L’Écran Fantastique 92 – mai 1988) (CosmoFiction)















