Archive pour juin, 2019

LE MONSTRE DE LA SEMAINE : LE REJETON HYBRIDE, TENTACULAIRE ET INCESTUEUX

Un monstre des Eighties, invité vedette de la semaine sur CosmoFiction ! Un monstre parmi le florilège infernal des créatures issues des films ou des séries télévisées fantastiques et de science-fiction des années 80 !

LE MONSTRE DE LA SEMAINE : LE REJETON HYBRIDE, TENTACULAIRE ET INCESTUEUX dans CINÉMA 19062909040115263616291772

Ou comment aller plus loin encore dans la cruauté de l’enfantement gore, après les deux rejetons jumeaux cannibales et mutants d’INSEMINOÏD de Norman J. Warren.

19062909055015263616291773 dans HORREURMais le rejeton qui nous intéresse aujourd’hui est beaucoup plus complexe et castrateur que les deux précédents. Mi-tentaculaire, mi assassin à tendances cannibales, il est plus ou moins le héros de POSSESSION (1981) d’Andrzej Żuławski. C’est le genre d’OVNI qu’on adore ou que l’on déteste, ou même que l’on aime sans trop savoir pourquoi : pour le personnage d’Adjani ensorcelée, ou pour la folie visuelle qui sous-entend une forme de paranoïa incompréhensible, ou tout simplement pour cette histoire d’incommunicabilité totale et implacable dans le couple Neill/Adjani.

L’intrigue : Mark retourne chez lui à Berlin alors que sa femme, Anna, décide de le quitter. Il la soupçonne d’avoir un amant en la personne de Heinrich, un illuminé adepte du New Age. Mais celui-ci lui affirme qu’elle l’a aussi quitté pour un autre. Alors que les rapports de Mark avec sa femme deviennent de plus en plus tendus, il se rend compte que le nouvel amant de cette dernière n’est pas humain…

POSSESSION se situe dans un moment complexe de la vie et dans la carrière de Żuławski, et il fait écho à son premier long-métrage polonais, LA TROISIÈME PARTIE DE LA NUIT (1971, Trzecia czesc nocy), un autre film aux limites du fantastique où la question de l’enfantement difficile est aussi traité mais d’une autre manière. Voici ce que Wikipedia indique au sujet de la transition brutale avec le tournage de son film de science-fiction, SUR LE GLOBE D’ARGENT :

19062909082015263616291774 dans LE MONSTRE DE LA SEMAINE« Ce film a été tourné à Berlin. Le réalisateur l’a écrit au cours d’un divorce douloureux. Cette œuvre est charnière dans la carrière du cinéaste, après la décision du gouvernement polonais d’arrêter le tournage de son film d’anticipation SUR LE GLOBE D’ARGENT neuf jours avant la fin. Ennuyé par les autorités et passé in extremis à l’Ouest grâce à un ami français travaillant à la Paramount, Żuławski finalise le scénario de POSSESSION dans un hôtel de New York sous l’effet de l’alcool. Il refuse de situer le cadre de sa fiction aux États-Unis et exprime le souhait de tourner le film au plus près de son pays d’origine : là où la frontière entre le monde capitaliste et communiste est la plus visible. Le choix de Berlin, au pied du Mur, s’impose. »

« La « créature » tentaculaire dont il est question dans le film a été créée par Carlo Rambaldi, sculpteur italien, également créateur du design de KING KONG (1976), des extra-terrestres de RENCONTRES DU TROISIÈME TYPE (1977) et d’E.T. (1982). Żuławski n’était pas d’accord avec Rambaldi quant à son aspect, aussi a-t-elle été partiellement modifiée à la dernière minute, quelques heures avant le début du tournage des scènes correspondantes. »

Le résultat donne une entité indéfinissable, tentaculaire mais surtout étreignante, et souvent filmée dans la pénombre. L’imagerie de possession antéchristique alors à la mode dans le cinéma américain sert surtout à alimenter l’obsession paranoïaque de Mark (Sam Neill), alors complètement égaré dans un monde qui le dépasse complètement.

- Trapard - (CosmoFiction – morbius501@gmail.com)

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UN LIVRE DONT VOUS ÊTES LE HÉROS : LE MERCENAIRE DE L’ESPACE

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INSTANTANÉ : THE GATE (1987)

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COSMOLECTURES : HÔTEL NEW ROSE – William Gibson (1984)

COSMOLECTURES : HÔTEL NEW ROSE - William Gibson (1984) dans COSMOLECTURES 14012501593415263611928029

« Je décrète que le polar ne signifie nullement roman policier. Polar signifie roman noir violent. Tandis que le roman policier à énigmes de l’école anglaise voit le mal dans la nature humaine, le polar voit le mal dans l’organisation sociale transitoire. Un polar cause d’un monde déséquilibré, donc labile, appelé à tomber et à passer. Le polar est la littérature de la crise. »
J. P. Manchette interview dans Charlie mensuel n°126 (juillet 1979)

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Grièvement blessé, un agent d’assurance confie à son dictaphone comment il s’est fait manipuler par sa maîtresse qui l’a poussé à assassiner son mari… Un joueur professionnel trahit le directeur de casino qui l’a pris sous son aile, lorsque ce dernier a la mauvaise idée d’épouser l’une de ses anciennes maîtresses… Dans une chambre d’hôtel, un espion industriel est hanté par le souvenir de la jeune femme qu’il a recruté et a fini par causer sa perte, en le doublant auprès de ses employeurs.

Comme on peut le constater, le pitch d’Hôtel New Rose ne dénote pas lorsqu’on le met en regard de ceux d’Assurance sur la mort (1944) ou de Gilda (1946), deux fleurons du roman et du film noir. C’est dire à quel point la nouvelle, peut-être plus que nulle autre de son auteur, s’inscrit dans cette tradition, née dans les années 1920, sous la plume de Hamett, Chandler et autre Horace McCoy.

À ces illustrent prédécesseurs, Gibson emprunte un cadre, celui de la rue et plus généralement des bas-fonds des grandes cités tentaculaires des États-Unis (ou du Japon), des archétypes – l’anti-héros solitaire, la femme fatale, le receleur, l’homme d’affaire corrompu - plongés dans des situations inextricables, mais aussi et surtout une entreprise de démythification en règle du rêve américain. Avec le style néo-noir, en vogue au milieu des années 1980, il partage également une mise en retrait de l’intrigue au profit de l’atmosphère déliquescente d’une société où la frontière morale entre le Bien et le Mal s’est évanouie et une approche post-moderne qui n’hésite pas à s’approprier les codes narratifs et les stéréotypes d’autres médiums (bande dessinée, séries télés, littérature fantastique ou d’horreur…) pour mieux les détourner.    

19061002130515263616267869 dans SCIENCE-FICTIONFutur oblige, dans Hôtel New Rose, le motel miteux de L.A. a cédé la place à un entrepôt de cercueils de location, tout aussi minable, situé aux abords du Narita Airport, le zaïbatsu[1] a remplacé l’ancien industriel européen ou sud-américain et on ne trafique plus du tungstène, mais des brevets en génie génétique. Toutefois, si le décor et les acteurs ont été upgradés, le fonds conserve intactes l’ironie et l’essence poétique originale du roman noir.

Laissant de côté ses hackers, cowboys de la Matrice, Gibson renoue avec l’ambiance mid-tech très particulière de Fragments de rose en hologramme, sa première publication. La nouvelle apparaît dès lors comme une succession de polaroïds mentaux dispersés dans la mémoire du narrateur cloîtré, comme un mort en sursis, dans sa chambre-cercueil. Attrapant au passage les souvenirs de son amour perdu, la belle Saadi, il reconstruit au fil des mots le portrait éclaté de celle qu’il ne peut s’empêcher d’aimer en dépit de sa trahison fatale. Oscillant entre rêve érotique et réalité éclairée par la lueur froide de quelques néons solitaires, la jeune femme restera à jamais le fantôme insaisissable qu’elle a contribué à créer par ses mensonges. Un fantôme entouré d’un voile de mystère qui la rend plus attirante encore.     

Œuvre lente et vénéneuse, Hôtel New Rose appelait, jusque dans son titre délicieusement rétro, une adaptation cinématographique de David Lynch accompagnée par la musique vaporeuse d’Angelo Badalamenti. C’est finalement Abel Ferrara et Schooly D qui s’y attelleront en 1998 pour un film qui, s’il respecte à la ligne l’intrigue de la nouvelle, mais on a vu l’importance toute relative de celle-ci dans les références au roman noir, ne semble pas du tout capable – ni même intéressé – d’en retranscrire l’atmosphère onirique et envoûtante.
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1. Ce terme qui signifie littéralement « clique financière », désigne des grands groupes industriels, composés d’activités très diverses et souvent sans rapport les unes par rapport aux autres, qui ont dominé l’économie japonaise jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le zaïbatsu se distingue du cartel européen ou américain par sa direction familiale des affaires. Dans le futur de Gibson, où le Japon apparaît comme la 1ère puissance économique mondiale (années 80 obligent…), les zaïbatsus apparaissent généralement comme « l’ennemi aveugle » contre lequel se battent les personnages ou auquel ils tentent d’échapper. 

- Le Hangar Cosmique - (CosmoFiction – morbius501@gmail.com)

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