LE DOMAINE DU FANATIQUE – édition n°5

LE DOMAINE DU FANATIQUE - édition n°5 dans LE DOMAINE DU FANATIQUE 14012107001815263611916666

Le domaine du fanatique, c’était la rubrique de CosmoFiction Fanzine qui revenait à chaque numéro de la deuxième génération (1988-1991). C’était une sorte de chronique d’humeur, une tribune libre, dont je m’occupais et où je me lâchais parfois sur un sujet. Mais je pouvais tout aussi bien parler d’émissions TV, de magazines, de l’accueil de CosmoFiction en librairie, de la vie du fanzine, de remerciements, d’un personnage célèbre de la SF ou du Fantastique, etc. Bref, j’étais libre comme le vent, et c’est toujours le cas !

Les Eighties, c’est du pipeau !

blade213122612323115263611843778 dans LE DOMAINE DU FANATIQUEIl y a quelque temps, j’ai lu dans un Mad Movies (je ne sais plus exactement lequel, désolé) qu’il fallait grandement relativiser l’importance du cinéma fantastique et de science-fiction des années 80, que cette époque n’a pas apporté grand chose de plus, ou de neuf, aux genres cinématographiques que nous aimons, bref, qu’on fait souvent un peu trop de battage autour des films fantastiques et de SF des 80′s alors qu’en fait… J’ai relu deux fois le passage dans l’article afin de m’assurer que je ne rêvais pas. Mais non… Ça m’en a rappelé un autre, toujours de Mad Movies, mais beaucoup plus vieux celui-là, où un guignol insistait sur le fait que Ray Harryhausen n’était qu’un spécialiste en effets spéciaux parmi tant d’autres et que sa réputation était surfaite… Ah ouais… Ils aiment bien les annonces fracassantes à Mad !

Bon, allez. Je suppose que le mec qui a écrit que les Eighties c’est du pipeau niveau cinoche fantastique avait dû passer une très mauvaise journée, ou qu’il avait dû fumer toute la moquette de la salle de rédaction de Mad Movies et bu une dizaine de canettes de bière avant de se lancer. Ouep, ça ne peut être que ça… Ou alors c’était peut-être un p’tit jeune, nouvellement embauché, qui voulait péter plus haut que son c… et nous ramener à l’interminable période des super zéros des années 2000… C’est pas grave. Moi aussi j’ai été un jeune c… qui attrapait la colique quand je voyais des films de la Hammer dans les années 80. Honte à moi ! Une chance qu’on vieillit, purée !

14011101192215263611887120Toutes les époques cinématographiques ont leurs chefs-d’œuvres, leurs classiques, leurs ratages et leurs nanars. Il n’est pas question ici de dire qu’il y en a une meilleure que les autres. Cependant il faut bien admettre que les années 80, que j’ai pleinement vécues sinon ce blog n’existerait pas, représentent le BOUM de la SF et du Fantastique au cinéma, incontestablement ! STAR WARS, sorti en 1977, autrement dit à la fin des années 70, aura un impact colossal sur l’évolution du cinéma que nous adorons en tant que fantasticophiles, et ce sera durant les années 80 que celui-ci va pleinement se développer, s’épanouir, fructifier et engendrer des réalisateurs, des spécialistes en effets spéciaux, de nouveaux genres cinématographiques et des vocations. Je me souviens du nombre de plus en plus impressionnant de films fantastiques et de SF qui sortaient en salles, le rythme s’accélérait à une vitesse phénoménale ! Les magazines spécialisés fleurissaient un peu partout, en France comme à l’étranger. Et c’est emporté par ce raz-de-marée cinématographique que j’ai d’abord créé CosmoFiction Fanzine en 1984 puis, en 1986, le Sci-Fi Club de Nouvelle-Calédonie, tant j’avais envie de parler ciné fantastique et de science-fiction et de partager cette folie fantasticophile avec d’autres passionnés !

Il ne faut tout de même pas oublier que ce sont les années 80 qui nous ont offert BLADE RUNNER, LES AVENTURIERS DE L’ARCHE PERDUE, L’EMPIRE CONTRE-ATTAQUE, TERMINATOR, ROBOCOP, PREDATOR, E.T., GREMLINS, RETOUR VERS LE FUTUR, CONAN LE BARBARE, TRON, EVIL DEAD, RE-ANIMATOR, BRAZIL, NEW YORK 1997, et je m’arrêterai là car la liste pourrait s’étaler encore longuement ! La plupart de ces films sont aujourd’hui de grands classiques, voire des chefs-d’œuvre reconnus, et leurs retombées ou leurs influences sur le cinéma de l’Imaginaire se ressentent encore à notre époque. Alors affirmer que les 80′s ne méritent pas tant…

Mad Movies ou L’Écran Fantastique ? L’Écran Fantastique ou Mad Movies ?…

écranEn France, on a L’Écran Fantastique et Mad Movies pour nous servir. Bon, c’est vrai, il y a aussi Métaluna et SciFi Now. Mais le premier mêle de plus en plus la politique au reste, et le second brasse de l’air en permanence, alors j’aurais tendance à contourner ces deux-là sans regret…

Tout cela pour dire que depuis maintenant quelques mois, L’Écran Fantastique, que j’adore depuis 1982, commence passablement à me soûler… Non, ce n’est absolument pas parce que Alain Schlockoff a détesté le GODZILLA de Gareth Edwards, ne croyez surtout pas ça ! En fait, je fatigue de voir l’EF faire ses Unes avec des super héros (on ne les compte plus), publier des dossiers que je ne lis jamais sur des dizaines de pages (les bonus présentés sur DVD ou Blu-ray nous en apprennent davantage et c’est beaucoup plus passionnant) et surtout demeurer assez distant et froid, presque sans âme. Certes, je me régale de sa partie Fantastyka et j’apprécie ses critiques ainsi que sa rubrique DVD – Blu-ray. Mais c’est tout désormais…

madMad Movies, je le lis depuis 1983 ou 1984. Je l’avais abandonné il y a quelques années après une réflexion nauséabonde de sa part sur la mort d’un chanteur. Mais Mad a toujours été ainsi, assez provocateur et insolent, tout le contraire de L’EF, on le sait. Et ce que j’avais du mal à supporter il y a longtemps passe mieux aujourd’hui, car c’est aussi ce qui apporte ce petit plus, cette originalité, cette « âme » dont je parlais tout à l’heure, choses totalement absentes de l’EF… Alors faut-il être insolent ou provocateur pour être original ? Non, certainement pas. Il suffit peut-être de montrer au lecteur que derrière les articles il y a quelqu’un, il y a un ton, un style, cette petite étincelle qui vous donne envie de lire. Et Mad, de par ses articles, ses dossiers (courts, ouf !), et surtout de par sa grande diversité, son approche originale de sujets variés me donne envie de lire le magazine tout entier. Il n’y a que ses critiques et son parti pris pour les films d’horreur qui m’agacent souvent. Mais ça c’est autre chose…

Cependant, cela n’ôte en rien l’immense estime que j’ai pour l’EF, une revue que je continuerai toujours à acheter pour la qualité de son contenu, véritable encyclopédie du cinéma fantastique et de science-fiction. Mais voilà, il serait bien qu’elle oublie parfois ce ton encyclopédique…

« Ça a vieilli ! »

2001J’entends souvent dire autour de moi, au sujet de tel ou tel vieux film fantastique ou de SF : « Ça a vieilli ! » Cette expression m’amuse et m’irrite en même temps. Rassurez-vous, je l’ai moi-même parfois employée. J’ai donc péché aussi, mes frères. Mais comment un film datant de plusieurs décennies ne pourrait-il pas « vieillir »  ? PLANÈTE INTERDITE date de 1956, « ça a vieilli » ! Quoiqu’on en dise, 2001 : L’ODYSSÉE DE L’ESPACE date de 1968 : « ça a vieilli » ! LA GUERRE DES ÉTOILES date de 1977, donc « ça a vieilli » ! BLADE RUNNER date de 1982, alors forcément « ça a vieilli ! » TOTAL RECALL avec Schwarzy date de 1990, purée, « ça a vieilli ! » On continue ? Non, on s’arrête là.

lukeAlors bien sûr, on va me dire que certains films vieillissent mieux que d’autres. Je suis d’accord. Cela est dû sans doute, et d’abord, à moins de repères visuels : les costumes ne vieillissent pas (ALIEN, 1979), les décors ne vieillissent pas (2001, de 1968), les vaisseaux ne vieillissent pas (LA GUERRE DES ÉTOILES, quoique…), pour ces quelques exemples qui me viennent à l’esprit, mais il y en a d’autres. Néanmoins, si vous cherchez bien : les gros ordis et leurs écrans de contrôle du poste de pilotage du Nostromo d’ALIEN (1979) : « ça a vieilli ! » Les belles hôtesses spatiales et les couleurs flashy des tenues des astronautes de 2001 (1968) : « ça a vieilli ! » Les coiffures marrantes de Luke Skywalker, Han Solo et de nombreux pilotes de LA GUERRE DES ÉTOILES (1977) : « ça a vieilli ! » Si vraiment on veut chercher la « p’tite bête », on la trouvera toujours, même dans des films comme RETOUR VERS LE FUTUR (les chansons ont vieilli !) et tant d’autres encore. Un film correspond forcément à l’époque où il a été conçu. Comment pourrait-il en être autrement ? Et même MINORITY REPORT (2002) ou OBLIVION (2013) auront certainement « vieilli » dans une quinzaine d’années. Si, si, je vous l’assure !

kingkongPersonnellement, je me fous totalement de savoir si ça a vieilli ou non. Lorsque je regarde METROPOLIS (1927) de planèteFritz Lang ou KING KONG (1933) de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, je ne me dis pas durant tout le film : « Mon Dieu, que ça a vieilli ! » Quand je revois des épisodes de STAR TREK sixties, je sais que cette série a été tournée dans les années 60, donc j’accepte de la regarder telle qu’elle est, je me remets complètement dans le contexte. Bien sûr que l’aspect kitsch des costumes ou des décors va m’amuser car ils ne correspondent plus du tout à ceux d’aujourd’hui, mais comment pourrait-il en être autrement ? Et finalement ce côté des choses, totalement décalé par rapport à ce que nous connaissons aujourd’hui, contribue énormément à me faire encore plus apprécier ces « vieilles » séries ou ces « vieux » films. C’est tout le charme d’une époque, dans un certain sens.

Je terminerai par la réflexion d’un de mes meilleurs élèves de CM2 que j’ai connu dans ma carrière d’instituteur (elle n’est pas encore finie). Il venait de découvrir pour la première fois LA GUERRE DES ÉTOILES (STAR WARS IV de 1977), et il m’a dit très sérieusement après l’avoir vu : « Qu’est-ce que ça a vieilli ! » J’étais presque outré, moi, le fan de STAR WARS, d’entendre de tels propos ! Ce film qui, à mes yeux, n’avait pas vieilli d’un poil ! C’était en 2005. Sa réflexion m’a travaillé longuement. J’essayais désespérément de comprendre où est-ce que ça avait « vieilli ».

Finalement, quand on ne veut pas qu’un film vieillisse, on se persuade qu’il ne vieillit pas. Et pourtant, tout vieilli. Même les meilleurs films, ou alors c’est nous qui vieillissons, ce serait fort probable aussi, ça, tiens…

- Morbius – (CosmoFiction)

Également dans la catégorie Le Domaine du Fanatique :

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3 commentaires

  1. trapard dit :

    Je crois que ce qui a vraiment pris le dessus depuis le milieu des années 90, c’est LE RYTHME depuis l’arrivée de la musique Techno, des beat, des samples, des sons en boucles, etc…Depuis MTV aussi.
    Une coupe de cheveux anachronique, des looks passés de mode, ça passe encore je pense, du fait que les films historiques ou « à costumes » contemporains sont rythmés.
    Mais un film qui se laisse porter par les ambiances, les acteurs etc, sans montage un peu incisif risque de faire un bide et de tomber aux oubliettes.
    Il existe une longue interview en vidéo du réalisateur Peter Watkins qui explique ça en précisant que la Télévision a créé un archétype unique d’émissions basées sur le montage rythmé, et que la majorité des cinéastes s’y appliquent par peur de l’échec commercial.
    Et les spectateurs adaptent (formatent ?) leur regard à ce mécanisme visuel.
    Je regrette moi-même d’avoir de plus en plus de difficultés à suivre une belle épopée de trois heures du cinéma muet. Dans les années 80 ou même au début des années 90, je pouvais me laisser porter par des films d’une extrême lenteur comme STALKER (1979) d’A. Tarkovski, dans c’était justement dans cette lenteur et cette immobilité extrêmes des mouvements de caméra que je tirais mes émotions de spectateur.
    À l’inverse, en 2014, j’ai beaucoup de mal à revoir mes DVD de Jean Rollin, car j’ai l’impression que plus les années passent, plus mon regard doit exécuter une sorte de grand écart pour passer d’une époque à une autre.
    Il y a quatre ans, j’étais fier de prêter un Lucio Fulci a un jeu qui me disait être fan de films d’horreur et il ne m’a même pas parlé du contenu en me le rendant mais m’a juste dit à sa façon : »Le Rythme…C’est mort. » En gros, il ne l’a pas regardé en entier.
    Ce que j’espère c’est que l’on reviendra vers une vraie diversité de rythmes visuels un jour. Je me souviens que lorsque j’avais 18 ans, j’adorais la scène ultra-rythmée d’ORANGE MÉCANIQUE (celle avec le serpent dans le tiroir) ou les films d’Einsenstein et des Surréalistes des années 20 qui sont un peu la base des montages actuels. Mais je les voyais comme faisant partie d’une sorte de diversité qui n’existe plus beaucoup.

  2. trapard dit :

    Puis le conflit entre générations existe aussi malheureusement dans les milieux artistiques, et dans le Cinéma. Nombre de nouveaux cinéastes prennent les mécanismes qui font l’identité d’une génération ou d’une décennie, comme exemples à ne plus reproduire pour être modernes et « de son temps ». Du coup, c’est un peu ce rejet (en quelque sorte) d’un cinéma des années 70-80 qui nous fait (nous, spectateurs) revenir dessus positivement ou négativement. Et le « ça a vieilli » est juste une idée négative qui ressort d’une différenciation qui n’aurait jamais existé s’il n’y avait pas eu de nouvelles générations cherchant à se dessouder de la précédente en décidant que l’identité du cinéma des années 70 et 80 ferait partie du Passé.
    Enfin, ça reste une réflexion toute personnelle.

  3. morbius dit :

    Une réflexion tout à fait intéressante. Merci Trapard.

    Dernière publication sur Les échos d'Altaïr : WHOVIAN'S WHO ! - Elwyn Jones

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